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Territoires Zéro chômeur : oui cela marche

mercredi 3 octobre 2018

La première université d’été de l’expérimentation Territoires zéro chômeur de longue durée s’est tenue le 1er septembre. L’occasion de faire un premier bilan d’étape positif alors que le gouvernement a annoncé une extension de l’expérimentation à de nouveaux territoires lors de la présentation du Plan pauvreté.

Un Territoire Zéro chômeur c’est quoi ?

Il s’agit d’un modèle économique original et au fond très simple. Les budgets publics issus des coûts de la privation d’emploi (indemnités chômage de l’Unedic ou de l’Etat, RSA, CMU, aides diverses y compris des collectivités locales…) sont redirigés pour financer des emplois manquants en assurant de bonnes conditions de travail. Un chiffre d’affaires lié aux nouveaux emplois peut aussi être généré et participe au financement. Les bénéfices engrangés ont une dimension individuelle, rendre à chacun sa dignité, et collective car le travail rapporte plus à la collectivité que le chômage.
L’expérimentation est à l’œuvre dans 10 territoires volontaires pour cinq ans. Les chômeurs de longue durée (depuis plus d’un an) sont embauchés dans des entreprises de l’économie sociale et solidaire financées par l’État, les collectivités, les aides diverses et leur chiffre d’affaires. Les personnes sont payées au Smic et embauchées en CDI. L’offre d’emploi est construite à partir des compétences des personnes qui rejoignent l’expérimentation et des besoins du territoire.
En résumé, on active des dépenses passives pour créer des activités utiles qui n’existeraient pas autrement.

Rendons à César…

Et en premier lieu à ATD-Quart Monde qui dénonce depuis longtemps certains choix économiques qui entretiennent la précarité. L’association a observé que, si les emplois manquent, il existe une multitude de besoins non satisfaits et de travaux utiles à la société qui aujourd’hui ne sont pas ou plus réalisés. ATD-Quart Monde regrette que « là où les personnes demandent un emploi, elles obtiennent des allocations de solidarité qui ne font qu’entretenir ou accroître leur précarité ». Avant de proposer une expérimentation l’association a réalisé une étude macro-économique qui évaluait le coût pour la collectivité nationale du chômage d’exclusion à un peu plus de 15 000 euros par personne et par an, somme suffisante pour financer les emplois manquants en assurant de bonnes conditions de travail.
L’ex-député PS Laurent Grandguillaume a porté à l’Assemblée nationale la loi de février 2016, votée à l’unanimité, et qui a institué l’expérimentation des 10 Territoires zéro chômeur. Il a permis d’affiner les calculs d’ATD-Quart Monde : « un chômeur longue durée coûte 17 000 euros par an, hors dépenses de l’Unedic. Avec les allocations, ça monte à 25 000 euros. Or, le coût d’un Smic, c’est 20 000 euros par an, à peu près dans les mêmes eaux ».

Les 10 territoires

Les territoires retenus sont : Colombelles, dans le Calvados, Colombey-les-Belles, en Meurthe-et-Moselle, Jouques, dans les Bouches-du-Rhône, Mauléon, dans les Deux-Sèvres, la Métropole de Lille, la communauté de communes Nièvre et Forêt, dans la Nièvre, le 13ème arrondissement de Paris, Pipriac, en Ille-et-Vilaine, Thiers, dans le Puy-de-Dôme et Villeurbanne quartier Saint-Jean, dans le Rhône. Un comité local réunissant tous les acteurs concernés pilote l’expérimentation.

Le premier bilan

L’expérimentation Territoires zéro chômeur de longue durée (TZCLD) a débuté en janvier 2017. Louis Gallois, le président du Fonds d’expérimentation TZCLD a présenté un bilan provisoire lors de la première université d’été le 1er septembre. 600 personnes ont été embauchées par les onze entreprises à but d’emploi (EBE), créées sur les 10 territoires de l’expérimentation. Ces entreprises sont des sociétés à but non lucratif qui embauchent les chômeurs et les proposent comme main-d’œuvre aux entreprises et aux collectivités locales.

Louis Gallois a indiqué : « les personnes embauchées sont très éloignées de l’emploi car au chômage depuis 5 ans et 4 mois en moyenne. Elles sont assez âgées : 45 ans de moyenne d’âge ». Le président a insisté sur l’importance d’attirer les jeunes qui ne représentent que 5 % des effectifs.

Au-delà des chiffres, il a souligné la « masse de travaux utiles d’une grande diversité » menés sur les territoires, que ce soit dans les domaines du maraîchage, du recyclage, de la transition écologique, d’aide à la personne, à la mobilité ou aux entreprises.

Une seconde phase est ouverte

Parallèlement à l’opération, une association a été créée, baptisée « Territoires zéro chômeur de longue durée ». Elle est présidée par Laurent Grandguillaume. Elle visait à préparer les territoires volontaires si l’expérimentation était concluante. À ce jour 50 territoires sont officiellement volontaires pour se lancer à leur tour. L’ancien député a obtenu le soutien de tous les groupes parlementaires pour lancer cette 2ème phase et, on l’a vu, l’accord du gouvernement. En effet, à l’occasion de la présentation de la stratégie de lutte contre la pauvreté, le Président de la République a annoncé sa volonté d’étendre l’expérimentation à de nouveaux territoires.

Conclusion

Cette expérimentation que la ministre du Travail, Myriam El Khomri, en 2016 qualifiait d’« utopie concrète » montre que l’intérêt de cette démarche va bien au-delà des seules embauches. En effet, elle crée localement une vraie dynamique territoriale, en vivifiant le tissu économique, en jouant un rôle d’accélérateur des politiques publiques que ce soit dans les domaines de la transition écologique comme de l’inclusion des personnes en situation de handicap par exemple. Nous entrons maintenant dans la deuxième phase de l’expérimentation qui doit démontrer la faisabilité économique et pratique du projet. L’enjeu bien sûr est la généralisation de cette utopie à l’ensemble de la France.



Sources