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Prospective : les impacts de l’intelligence artificielle sur le travail

mercredi 9 mai 2018

La France n’est pas très en avance sur la recherche et la réflexion sur l’intelligence artificielle. Cela concourt à des prises de positions peu étayées sur les bienfaits et les catastrophes à attendre de son développement. Le rapport du député Cédric Villani « Donner un sens à l’intelligence artificielle » donne des pistes pour repositionner la France, tant par la recherche, sa valorisation économique que les secteurs prioritaires de développement, et l’assurance d’une éthique. Mais quelles conséquences sur le travail ? C’est France Stratégie qui a été chargée d’apporter des éléments sur cette question fondamentale. L’objectif de cette étude est de présenter le plus de matériaux prospectifs et objectifs sur les transformations potentielles dans le travail et ainsi « éviter les phantasmes ».

Le pire n’est jamais sûr !

On a déjà connu et digéré de profondes transformations : en particulier l’informatisation des activités depuis 30 ans, industries, banques, y compris transports, santé, etc. Et sa mise en pratique a pu soit libérer les salariés de tâches fastidieuses et répétitives et axer sur la montée des salariés en compétences, soit leur faire perdre de l’autonomie et les soumettre à des tâches fragmentées, étroitement contrôlées automatiquement (une litote pour Amazon !). Et à part les années de crise, les conséquences sur l’emploi n’ont pas été négatives : le taux actuel d’emploi des 15-64 ans est plus élevé qu’en 1980.

Ainsi l’impact de l’intelligence artificielle (IA) sur le travail dépendra des choix d’organisation des tâches et de celui des modes de partage des gains de productivité.

Que peut-on déjà percevoir ?

L’intelligence artificielle permet à la machine de réaliser des apprentissages et donc d’améliorer continuellement les dispositifs, pouvant mener à de véritables ruptures technologiques dans les activités et les métiers.

France Stratégie a choisi de centrer l’analyse de ces impacts sur 3 secteurs différents : les transports (véhicule autonome, et mobilité), les banques (conseiller robot) et la santé (assistant médical concourant au suivi de la santé, au pré-diagnostic et aux propositions thérapeutiques). Ainsi, pour France Stratégie, l’intelligence artificielle devrait faciliter la mobilité, un meilleur suivi de la santé et offrir des services financiers adaptés aux besoins et moins chers.

Si on ne connait pas vraiment à quelle vitesse l’intelligence artificielle s’imposera dans ces secteurs, on sait qu’elle changera beaucoup le travail. Par exemple dans les transports, un certain nombre de métiers pourraient disparaitre peu à peu, tels les conducteurs, mais cette révolution de la mobilité pourra entrainer la création d’activités complémentaires, tels la construction, l’entretien et la gestion de flottes, l’accueil et l’accompagnement des passagers… Et de façon plus ou moins profonde, la plupart des métiers seront impactés dans tous les secteurs, mais beaucoup ne seront pas menacés, notamment ceux qui sont en interaction entre individus (gardes d’enfants, plombiers…), qui encadrent ou qui décident.

Une anticipation des changements est indispensable

Aussi, pour que le progrès technique ne devienne pas source de dégâts humains, France Stratégie met l’accent sur des axes prioritaires :
- Pour les pouvoirs publics, définir une voie correspondant aux attentes sociales des citoyens, incluant des contrôles sur les sujets critiques comme la responsabilité et la sécurité et accompagnant les évolutions, trop rapides pour un ajustement naturel du tissu social et économique.
- La conduite, par branche ou filière de travaux prospectifs pour l’information et l’anticipation des acteurs de leur secteur.
- La formation des travailleurs à ces enjeux de demain, soit très qualifiés pour produire de l’IA, de toute façon conscients des enjeux de tous domaines (techniques, économiques, juridiques, éthiques).
- Le renforcement des dispositifs de sécurisation des parcours professionnels en priorité pour les secteurs qui risquent d’être les plus impactés.
- Et la recherche de la maîtrise des risques en matière de conditions de travail, particulièrement ceux d’intensification, de perte d’autonomie.

On le voit, les enjeux sont très grands, le temps risque d’être court, et « il y a du pain sur la planche » tant pour les entreprises que pour les salariés et leurs représentants.


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