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Absentéisme, présentéisme deux études contradictoires …en apparence ?

mercredi 16 octobre 2019

Le baromètre de l’absentéisme et de l’engagement réalisé par le groupe international de Conseil Ayming-Kantar en partenariat avec l’AG2R et l’étude du CNAM sur le présentéisme donnent un éclairage nouveau sur l’existence de ces deux phénomènes. D’un côté, l’absentéisme de longue durée chez les jeunes salariés ne se traduit pas par un désengagement dans le travail, de l’autre le présentéisme concerne beaucoup plus les salariés jeunes, plutôt des femmes, des professions intermédiaires, en surcharge de travail ou en manque d’autonomie dans leur travail. La motivation ou l’engagement ne semblent être plus les principaux déterminants de l’absentéisme ou du présentéisme.

Le taux d’absentéisme en augmentation en France

En augmentation de 8 % par rapport à l’an passé, le taux global d’absentéisme mesuré par l’enquête Ayming-AG2R se situe en 2018 à 5,10 %. Cette progression s’accélère puisque qu’en 2016 il était à 4,59 % et en 2017 4,72 %.

La hausse touche tous les secteurs d’activité et notamment le secteur des services qui avait connu un recul en 2017 et dont le taux est de 5,26 % en 2018. Les horaires très flexibles, l’utilisation de contrats très précaires et la difficulté à mener des politiques de prévention des risques peuvent expliquer cette situation. C’est le secteur de la santé qui est le plus touché par l’absentéisme. Les causes en sont connues : un temps de travail élevé, des contraintes d’organisations, physiques et psychiques lourdes. Mis à part la Bretagne et la Corse qui reste la région où l’absentéisme est le plus fort, l’ensemble des régions sont aussi touchées par l’augmentation de l’absentéisme.

L’absentéisme chez les femmes demeure plus élevé que chez les hommes (5,73 % contre 3,83 %). Cette différence s’explique par des statuts souvent plus précaires, des postes générateurs de troubles musculosquelettiques ou encore des arrêts liés à la grossesse. Par ailleurs, c’est elles qui, encore aujourd’hui, assurent l’essentiel des tâches domestiques entraînant une fatigue supplémentaire (la double journée de travail est encore une réalité pour nombre d’entre-elles !).

Plus l’âge des salariés augmente, plus l’absentéisme est élevé. Sans surprise l’état de santé général des salariés et leur usure au travail augmentent avec l’âge. Ainsi, au-delà de 55 ans, le taux d’absentéisme est de 7,40 % alors qu’il n’est que de 2,48 % avant 25 ans. Toutefois, l’étude note une forte dégradation de l’absentéisme de plus de 90 jours chez les moins de 41 ans bien plus forte que chez les salariés plus âgés.

C’est sur ce phénomène que l’étude s’est plus attardée en faisant ressortir que, malgré un investissement au travail qui reste aussi important que par le passé, les jeunes générations ne sont plus prêtes à sacrifier leur santé pour le travail. Les entreprises constatent que, plus que leurs ainés dans le passé, les jeunes présentent des restrictions médicales ou des inaptitudes. D’autre part, les salariés en absence de longue durée s’éloignent du quotidien de l’entreprise : au-delà de 3 mois d’absence, les salariés ne sont plus que 31 % à se sentir mobilisés pour l’entreprise (44 % en temps normal).

Du côté de l’entreprise, il est constaté une sorte d’acceptation de l’absence de longue durée. Ces absences sont moins gênantes pour les entreprises que les arrêts de courte durée. Peu d’actions sont donc mises en œuvre pour gérer ces absences. Même au retour, les entreprises ne font pas grand-chose pour accueillir le salarié absent. Pour 40 % d’entre elles, rien n’est fait.

Le présentéisme, un fléau lié aux conditions d’emploi

Il est difficile de mesurer l’importance du présentéisme ou surprésentéisme dans les entreprises puisque, par définition, la présence d’un salarié malade au travail ne fait pas l’objet de comptabilisation précise. L’enquête Conditions de travail de 2013, pour la première fois, permet de déterminer les conditions d’emploi qui favorisent le présentéisme. Un travail utile pour mieux limiter une pratique coûteuse pour les entreprises et aux conséquences négatives pour les salariés.

Le présentéisme concerne en France 41 % des salariés (5 points de plus que la moyenne européenne) et il est en moyenne de 2,5 jours.

Alors que le présentéisme est souvent présenté comme la marque un plus grand investissement dans le travail, le travail réalisé par les chercheurs du CNAM montre, au contraire, qu’il a surtout des déterminants liés aux conditions de travail, d’emploi et d’organisation du travail. Ainsi, le présentéisme serait lié à une charge de travail élevée, de fortes contraintes de temps, de rythme, à l’absence d’autonomie dans le travail et de latitude décisionnelle ou encore d’absence de soutien de collègues ou des supérieurs hiérarchiques.

Le présentéisme est évidemment plus important lorsque la santé du salarié est fragile. Il touche plus les femmes avec des enfants comme si le risque de perte de rémunération était priorisé sur la vie personnelle. Il est plus fort aussi chez les jeunes générations qui doivent solidifier leur relation avec leur employeur et montrer un certain investissement dans le travail. C’est dans les professions intermédiaires que le présentéisme est le plus fort. Contrairement aux idées reçues, il est plus fort chez les fonctionnaires notamment dans la fonction publique hospitalière pour des raisons bien connues.

En revanche, il est moins fort chez les cadres et chez les salariés en contrats précaires qui considèrent majoritairement qu’ils ne retrouveront pas un emploi stable et donc sont plus enclins à s’absenter.

En fait, mis à part cette dernière catégorie de salariés précaires, les salariés qui n’hésitent pas à s’absenter sont ceux qui sont installés dans leur travail, confiants dans leur avenir professionnel au sein de leur entreprise, pouvant compter sur un environnement de travail pour suppléer à leur absence et de fait bénéficiant de conditions de travail correctes.

Même si l’augmentation de l’absentéisme n’est pas obligatoirement la marque de difficultés vécues par les salariés dans leur travail et le présentéisme celle d’une grande motivation, les deux phénomènes doivent attirer l’attention des entreprises et les syndicats. Il s’agit de mieux en identifier les causes, faire l’objet de débats au CSE voire de négociation dans le cadre de la qualité de vie au travail et développer des politiques de prévention pour tenter d’en limiter l’importance.




Sources